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Floriane Tissières

CV / Text

Barquettes, utopie et chocolats


Après l'âge de la pierre puis du bronze, l'antiquité, les temps modernes, l'ère industrielle et postindustrielle, nous voici à l'âge décadent de la barquette jetable.Or le conditionnement de nos friandises contemporaines est tout sauf innocent, puisqu'il récapitule à sa manière l'histoire des formes de l'architecture universelle. Allons donc, une anthologie de l'architecture sous les truffes et les petits fours ? Presque, sauf que personne à part Floriane Tissières ne s'en était aperçu. Il faut bien avouer que l'architecture des confiseurs est quasi invisible, qu'elle se décline en creux et qu'elle part à la poubelle sitôt la dernière praline avalée. Les emballages de chocolat qui sont d'une grande complexité formelle pour ne pas dire architectonique, sont les préférés de notre architecte d'utopie. Mais il arrive que les cartons à oeufs, moules à flans et autres bouteilles en pet trouvent aussi grâce à ses yeux.
Après tout, l'architecture, la vraie, tient elle aussi de l'emballage et de la mise en forme du vide. Et pour devenir produit de luxe et image de marque, les bonbons et chocolats sont savamment mis en scène dans le théâtre miniature de leurs moules en plastique transparent ou brun?chocolat pour se faire invisibles, ou alors dorés pour leur dérouler le tapis brillant. Luxe, gourmandise et volupté ! Mais aussi lucre, gaspillage et pollution ! 
Recyclage et détournement du quotidien dérisoire sont les armes favorites de Floriane Tissières. En commentaire ironique et ludique de notre société de la consommation effrénée et du prêt-à-jeter, mais en coup de chapeau admiratif aussi à l'ingénieuse récup' de la nécessité dont les Africains sont les maîtres incontestés. Pendant que l'Occident jette à tout va, l'Afrique cultive le génie du réemploi à la puissance dix. Ou cent. 
Mais ce que l'artiste récupère ici, ce ne sont même pas les emballages perdus, c'est leur vide, leur empreinte en négatif, voire leur ombre portée. Le rien au carré. Ou au cube. Le néant et son reflet ! Le degré zéro du recyclage artistique !
Car si le détritus est entré en art dès le début du XXe siècle, c'est la faute à Duchamp et Schwitters qui ont inventé la beauté du déchet et l'archéologie du présent insignifiant. Depuis lors, tout objet de rebut est une proie offerte aux détournements de l'imaginaire. Encore y faut-il l'oeil et l'esprit du poète qui le découvre, se l'approprie et le transfigure.
Le matériau de construction de notre bâtisseuse d'utopies est le plâtre. La matière préférée du moulage, dont la blancheur crayeuse rappelle à la fois la sculpturale beauté des marbres antiques et la virtualité éthérée des maquettes d'architecture. Une blancheur qui peut donc renvoyer aussi bien aux copies les plus mimétiques qu'aux inventions les plus visionnaires. Heureusement, les îles d'utopie et autres cités idéales des bâtisseurs de  "mondes meilleurs" où tout n'est qu'ordre (totalitaire), calme (stérile) et beauté (désincarnée), n'existent que dans leurs rêves et leurs modèles immaculés. Le plâtre est le matériau
de la simulation, du rêve inaccessible et de la mémoire. Ici, c'est avec un brin de malice narquoise et tendre qu'il se décale subrepticement de ses rôles habituels pour se prêter à la simulation d'architecture et la mémoire de la barquette. 
Rapporté d'un voyage initiatique au pays des chocolatiers, voici l'album souvenir de ses villes et monuments qui peuvent, métaphoriquement, en rappeler d'autres. Moins sucrés sans doute, mais moins drolatiquement et poétiquement chimériques aussi.
Françoise Jaunin

 

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